Le Village des Trois Chants
 

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Ewen bien-né "celui qui jamais ne se perd", le chasseur


Je me nomme Ewen, membre du clan Brahann, fils du chasseur Faolan et de la servante Gairech. Je suis brun, de taille moyenne, le meilleur physique pour débusquer le gibier et mes yeux gris clairs me permettent de tout observer dans la forêt, le jour comme la nuit. Certains se disent plus fort mais qu’ils essayent de me voir et de m’attraper avant que je porte mes coups. D’autres se prétendent plus intelligent mais qu’ils essayent de déjouer mes pièges et mes ruses sans être ridicules. Enfin, les plus arrogants se vantent d’être plus beau mais qu’ils ravalent leur jalousie quand je marierai la plus belle. (D’ailleurs, Braan m’a donné la main de Falbala et tous m’envient car n’est-elle pas la plus belle du village ?)

Le chant de Fertilité
Les circonstances de ma naissance et de mes premiers mois restent obscures et sombres car au chant de fertilité de Ciorraigh, toutes les femmes firent fausse couche sauf Gairech, ma mère, soit-elle mille fois bénie.
Voici ce que me contèrent mes parents :
- C’est une malédiction, toutes les femmes ont perdu leur enfant, hurla Ornait en entrant terrorisée dans notre hutte où se reposait Gairech. Ma pauvre sœur, je suis venu aussitôt car j’ai crains pour toi !

Ma mère, me tenant contre elle, était étonnée quand mon père, Faolan, rentra tout aussi précipitamment et d’un seul regard s’exclama :
- La grande déesse soit louée, notre enfant aussi est sorti mais il vit, il sera fort et vaillant et il a déjà trouvé le sein.
- Mais s’il vit, que vont dire les autres, qu’il est maudit ou qu’il sera infirme pour avoir survécu à ce cri de terreur, la malédiction retombera sur notre clan, sur notre famille par sa présence, s’inquiéta Ornait.
- J’ai peur que, pour une fois, Ornait ait raison, tout le village crie et pleure leur bébé mort-né, déclara mon père.
- Oh, Ogma que faut-il faire ? Il faut le sauver, Faolan, si la grande Déesse l’a fait naître vivant elle le laissera vivre, implora ma mère.
- Mais dans leur fureur j’ai peur que les autres familles veulent le sacrifier pour éloigner la malédiction qui frappe notre village, je préfère que ce soit l’enfant de Braan qui paye pour son crime.

Après un moment de réflexion et de prière, mon père prit une lourde décision :
- Ornait accompagne Gairech jusqu’au druide et dites-lui que j’emmène en forêt, mon enfant sans nom et sans chant sous la protection de Kernunos.

A l’assemblée convoquée par le barde Ceiliùr et le druide Finndara'ch, l’apprenti Findaël fit une de ses premières réponses de druide pour le sacrifice réclamé de Ciorraigh et au sujet de mon abandon dans la forêt :
- Père, je propose que si aucun élément prouvant que l’enfant de Gairech soit vivant n’est apporté avant 3 lunes, le jugement soit appliqué et l’enfant-qui-tue-les-enfants soit sacrifié suggéra Findael à son père,
- Qu’il en soit ainsi ! répondit Finndara'ch.

Peu après, mon père alla voir Ceiliùr et Finndara'ch, leur expliqua qu’il m’avait déposé au pied d’un grand if, symbole de vie et de mort, près de la clairière de la lune et qu’il avait prié la protection de la grande déesse et de Kernunos qui voient tout ceux qui vivent.
La nuit tombée à son grand désarroi et à celui de ma mère, tous les chasseurs menés par Sig-lahann ne m’avaient pas retrouvé et n’avaient découvert aucunes traces de ma disparition.

Dewain, notre barde actuel encore enfant, dit qu’il eut une de ses visions des dieux ce jour là.

Au matin, épuisé, mon père promis de ne plus chasser durant le 3 trois prochaines lunes pour ne pas contrarier ni la Grande Déesse, ni Kernunos. Quand Braan le rejoignit en colère, celui-ci l’apostropha ainsi :
- Va vite chercher ton fils pour sauver le mien, espèce de sanglier des bois !
- Le gros porc, c’est toi Braan et ton maudit fils ! Comme tu le sais, tous les chasseurs l’ont cherché pendant que tu braillais ici à défier les dieux. Va plutôt les prier que mon fils revienne et qu’ils protègent le tien, il n’y a rien à combattre maintenant.

Et quand au premier jour de la fête de Beltaine, un cri parvint du « Grand Chêne », le barde Ceiliùr me nomma à l’age de mes trois mois :
- Les dieux ont parlé dit Ceiliùr. Le fils de Gairech et Faolan est bien vivant et il a trouvé seul le chemin de l’arbre. Je vous présente Ewen « bien-né ».

Malgré les bonnes récoltes de cette année-là, ôtant ainsi toute suspicion de la prétendue malédiction, les femmes laissaient rarement leurs jeunes enfants jouer avec Ciorraigh et moi, ceci jusqu’à la mort de ma mère. Ces années de jeux nous ont lié fortement et nos destins nous rassemblent, on nous appelle parfois les frères de chant.


Mon père, Faolan (signifiant « petit loup »), était un chasseur reconnu et sûrement le plus courageux. Il a été tué par un ours en voulant protéger en vain son neveu, Ochel, tout jeune chasseur, fils de Dagan et d’Ornait. J’avais alors 9 ans.
Ma mère, Gairech (signifiant « cri »), était membre du clan Ulhail. Elle était la servante de Dana, la femme de Braan alors le chef du clan Gix. Elle s’est noyée quand j’avais 6 ans, emportée par une lame de fond alors qu’elle ramassait des algues sur le rivage. Vers 7 ans, j’ai failli aussi mourir noyé tombant à la mer parce que je cherchais à apercevoir ma mère dans les fonds marins depuis les récifs.
Orphelin, mon oncle Dagan (signifiant « petit bon »), chasseur estropié par le même ours qui tua mon père, m’a élevé et m’a transmis les secrets de la chasse. Tuteur attentionné, il a su me transmettre ses connaissances de la nature et des arbres mais surtout l’art de fabriquer les flèches et les arcs en bois d’if. Vers mes 18 ans, il est mort, tué par des brigands dans la forêt alors qu’exalté par la poursuite d’un chevreuil je l’avais laissé en arrière. Depuis au village, personne ne m’a vu chasser avec d’autres flèches ou arcs en bois d’if qui ne soit de ma fabrication. Je dois bien cet honneur à mon oncle puisque dorénavant je suis souvent consulté pour tester et donner mon avis sur les arcs des autres chasseurs. Je soutiens ma tante Ornait (signifiant « de couleur vert olive »), qui est une personne jalouse et de mauvais caractère. Elle fut trop souvent raillée à cause du handicap de son défunt mari mais m’a toujours élevé dans le sens de l’honneur et le respect des dieux.


Le chant du Savoir
Je suis resté trois mois sur l’île aux ancêtres pour mon passage de l’enfance à l’âge d’homme, à l’image des trois premières lunes mystérieuses de mon existence ; trois mois difficiles loin de la forêt et de la chasse, entouré de la mer capricieuse, violente et avaleuse de parents.
Le lendemain même de mon retour de l’île comme homme et guerrier, le bonjour par ma tante fût le suivant :
- Ewen, j’ai entendu les jeunes femmes te moquer parce que tu es resté trois mois sur l’île, or tu ne reviens que chasseur alors tu dois être bête comme le gibier que tu chasses, m’annonça Ornait en guise d’accueil devant Saoirse, ma petite sœur.
Mon silence attisa l’agacement dans les yeux d’Ornait
- Si tu ne réponds rien à cette rumeur, plus tard, tu auras du mal à trouver femme et gloire. Hé, bon sang, pense à notre clan, ajouta-t-elle.
- Quoique tu dises, ma naissance est glorieuse et à apporter l’abondance au village Tu pourras toujours répondre que je suis resté trois lunes pour que Findaël, notre druide, sache ce que j’ai vécu chaque jour de ma naissance à mon chant de fertilité et que, dans la confidence des dieux, il garde ce secret pour lui. Si tu oses, demande lui ce mystère, mais je crois que tu ne le connaîtras jamais, ma tante, lui répondis-je non sans malice.
Ornait restât silencieuse et sombre dans ses pensées.
- Mais je peux te raconter ma dernière nuit sur l’île. A ma nuit du passeur, j’ai entendu ma mère, comme une noyée parmi les défunts, me prévenir de me méfier de l’Océan. Le druide m’a annoncé que « rare sont ceux qui peuvent renaître de leur mère même en songe et que cela signifie qu’elle me protège à sa manière ». Voilà tu auras de quoi discuter pendant plusieurs lessives, ma tante aimée. Je vais dans la forêt rejoindre Dagan… loin de la mer ! lui dis-je avec un petit sourire avant d’aller courir vers mon oncle.


Je suis considéré comme un jeune chasseur très compétent et plein de ressource mais trop pauvre, sans lignée valeureuse et sans le charisme des grands guerriers. Mes armes sont l’épieu, un vieux casque, un bouclier en bois d’if et surtout mon arc qui ne me quitte jamais. Parfois, j’officie également comme bûcheron sachant, grâce à mon oncle, reconnaître la qualité des différentes essences d’arbres, que je peux fournir aux artisans du village. Curieux, me levant tôt ou me couchant tard, j’ai souvent surpris les choses qu’il ne faut pas voir comme des amours illicites que je garde pour moi, sachant comment ces histoires se transforment dans la bouche de ma tante.
On me considère généralement comme un fouineur toujours là où on ne m’attend pas. Sig-Lahann, notre chef du clan Brahann, malgré ma jeunesse, m’a déjà désigné à quelques missions importantes d’observation pour le village quand des brigands ou des pirates ont été aperçus. Pour ça, j’ai hérité du courage de mon père face au danger à défaut de la fortune. C’est mon problème principal, la fortune, car j’aimerais bien me marier avec Falbala du clan Gix, sœur de Ciorraigh, mais sans richesse et n’étant pas issu d’un des clans fondateurs, je n’ose pas demander sa main à Braan, son père, sûr d’essuyer un refus. Et je ne suis soutenu ni par ma tante qui voit toujours le coté défavorable des évènements ni par notre chef de clan, Sig-lahann, refusant de voir partir de notre clan, le meilleur chasseur après lui, d’autant qu’il m’a toujours bien estimé et soutenu. Tant que je ne suis pas marié, la personne qui a le plus d’importance à mes yeux est ma petite sœur, Saoirse (signifiant « liberté »). Elle a épousé Oengus du clan Laeg, le forgeron du village.


Le chant de la Cervoise
On dit que j’aime à me vanter exagérément de mes exploits à la taverne du village, surtout devant les guerriers mieux reconnus, qui méprisent le peu de têtes coupées que je porte à la ceinture. Mais je suis surtout fier que Findael, notre druide s’adresse à moi quand il a besoin qu’un animal soit capturé vivant pour un sacrifice. La force brute est une chose, la ruse en est une autre. Quant aux têtes coupées, elles m’attendent dès les prochains combats et je suis prêt à affronter quiconque s’opposera à ma gloire et au village des Trois Chants.


Auteur : Thuluc

 

 

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