Udrann est le fils de Sig-Lahann le chef du
clan Brahann.
Udrann a eu une enfance et une adolescence tout ce qu'il y a de normal pour un jeune celte.
Qui n'a pas eu à prouver sa valeur et sa force pour les beaux yeux de la belle du village ? Udrann n'y a pas échappé non plus.
C'est avec
Ciorraigh, qu'il eut ce « conflit ».
Les deux jeunes gens se regardaient depuis plusieurs minutes, cherchant l'ultime défi qui les départageraient aux yeux de la belle.
Leurs camarades s'amusaient du spectacle que les deux leur offraient. Et c'est avec une voix enjouée que Ornix, le fils de
Findael le druide, leur proposa ceci : « je vais placer cette gourde en haut de ce mat ! », il désigna un fin poteau, issu du mat d'un bateau maintenant démantelé. « Celui qui mettra le moins de temps pour le décrocher sera vainqueur de l'épreuve. »
Les deux intéressés acquiescèrent à grand coup de « facile » ou bien encore de « je serai le plus rapide ».
Quelques minutes plus tard la gourde était attachée en haut du poteau et le départ de l'épreuve fut donné.
Udrann regarda un instant le vieux mat. La mousse à sa surface le rendait trop glissant pour y grimper rapidement. Il tourna la tête de tous les cotés et, une étincelle dans le regard, s'en fut vers un arbre non loin de là, saisissant une corde au passage.
Il attacha l'extrémité au tronc de l'arbre à une certaine hauteur... et, redescendant, s'empressa d'aller accrocher l'autre bout à un arbre de l'autre coté du vieux mat, tendant ainsi la corde entre les deux tout près du poteau, à portée de main de la gourde.
Durant ces préparatifs, Ciorraigh était allé chercher une hache et entreprit d'abattre le vieux mat... non sans avoir enlevé sa chemise pour exposer sa musculature aux yeux des filles.
Udrann était grimpé sur un des arbres et commença à s'avancer, en équilibre, sur la corde. Il était presque à portée de la gourde quand le poteau commença à vaciller sous les coups de hache vigoureux de Ciorraigh.
Encore deux pas... il put effleurer la gourde du bout des doigts.
Encore un pas... et le poteau commença à basculer, écartant du même coup la gourde. Mais emporté par son élan, Udrann perdit l'équilibre en tentant de s'en emparer. Il ne put que se rattraper de justesse au poteau qui tombait.
Udrann reprit connaissance quelques instant plus tard, une légère douleur aux côtes le faisant grimacer quand il se redressa face à un Ciorraigh souriant, tenant la gourde à la main.
Udrann se retourna en grognant et en essuyant le sang qui coulait d'une plaie au front... plaie qui laissera une cicatrice.
Il chercha la belle du regard, mais celle ci ne s'occupait ni de lui ni de Ciorraigh... mais elle souriait en s'accrochant au bras de Ornix qui avait su lui montrer que la réflexion pouvait être aussi puissante que la force et l'agilité.
Udrann et Ciorraigh se regardèrent longuement et partirent dans un gigantesque éclat de rire mêlé de larmes de frustration et de colère.
Quelques jours plus tard, ils accrochèrent les braies de Ornix en haut du même mat qu'ils enduisirent de graisse sur toute la longueur. Puis cherchant leur jeune adversaire, le défièrent de récupérer ses braies sans tendre de corde entre les arbres et sans abattre le mat.
Ornix, les jambes à l'air et fou de rage, répondit qu'il ne le ferait que si eux le faisaient avant lui.
Les deux jeunes celtes s'attendaient cette réponse.
Ciorraight se positionna dos au mat positionnant ses mains en forme de pot, pendant que Udrann prenait son élan à quelques mètres de là.
Udrann courut et prit appui sur les mains de Ciorraigh qui le propulsa dans les airs si haut que Udrann passa au dessus du mat et retomba plus loin... sans les braies.
Ornix fut alors prit d'un fou rire qui gagna rapidement ses deux jeunes adversaires d'un jour.
Durant les trois jours qui suivirent, le village retentit des éclats de rire des trois adolescents.
Le chant du SavoirCette épreuve lui revint en mémoire lors de la dernière nuit de son initiation sur la plage du passeur... la nuit du Passeur.
Udrann avait accueilli le savoir que lui enseignait le Druide avec une oreille attentive. Le jeune homme ne manquait pas de rire lors des rares moments de détente durant son séjour sur l'île.
Les premières nuits ne furent pas facile sur l'île continuellement battu par les vents. Le sommeil était lent à venir et prompt à repartir.
Le druide dispensait son savoir même lorsqu'il voyait Udrann dodeliner... ne manquant pas de lui poser la question qui attendait la réponse donnée pendant sa somnolence... et faisant recommencer la leçon.
Le druide avait l'air ennuyé et agacé chaque fois qu'il devait reprendre une leçon... mais le jeune homme put, parfois, apercevoir une étincelle d'amusement dans le regard du sage.
Cela faisait presqu'une lune que Udrann suivait l'enseignement du druide quand celui ci le prévint que la nuit prochaine serait la dernière nuit qu'il passerait sur l'île... signifiant par là que la nuit prochaine serait la nuit qu'il redoutait depuis le début de son initiation.
À la nuit tombée, le druide et lui se dirigèrent vers la plage du Passeur. Le ciel était clair et étoilé. Mais la lune n'était pas visible, celle ci était nouvelle donc totalement obscure.
Le druide fît ses invocations, appelant les âmes de anciens Passeur pour venir observer le « bientôt » homme.
La torche du druide s'était éteinte depuis au moins une heure... Il ne savait plus exactement.
Udrann était installé sur la plage, tourné vers le large, essayant de percevoir quelque chose dans la nuit obscure et froide.
Par dessus le bruit des vagues qui venaient se fracasser sur les rochers alentours, des bruits étranges tournaient autour de lui.
Parfois des odeurs lui montaient aux narines.
Il avait entendu parler d'odeurs nauséabondes de chaires putréfiées...
Mais ce qu'il sentait ressemblait plutôt l'odeur de bois et de cordages mouillés. Avec ces odeurs il put identifier les sons qu'il entendait par dessus le vent : le craquement du bois, le sifflement des cordage frottant contre le bois, une rame plongeant dans l'eau et en ressortant.
Il ferma un instant les yeux, non pas de peur... un homme n'avait pas peur, mais pour voir en imagination le bateau des passeurs dirigé par un homme... mais il n'arrivait pas à se rappeler le visage du Passeur, que tous connaissent fort bien pourtant. Il n'arrivait qu'à percevoir son ombre et ses cheveux.
Une voix se fit entendre alors.
« Qui es-tu ? »
« Le Passeur, vous devriez le savoir... » cette deuxième voix lui était familière... il lui semblait même l'entendre tous les jours.
« En es-tu vraiment sûr ? »
« C'est vous qui m'avez désigné pour l'être... donc je suis autant sûr de cela que vous pouvez l'être »
« Alors tu es le Passeur, il n'en fait aucun doute ! »
Et enfin l'ombre du Passeur se tourna de telle façon à ce que son visage soit visible... son propre visage.
Les ancêtres lui parlèrent cette nuit là... mais nulle, à part le Passeur, et les Passeurs avant lui, ne savent ce que les ancêtres dirent cette nuit là... Et nul Passeur ne voulu ou ne pût raconter ce que les ancêtres lui enseignèrent.
Auteur : Phil