La silhouette du druide se découpait sur le ciel encore à peine auréolé de la lumière du couchant. Autour de lui d'autres hautes silhouettes se dressaient, les Ancêtres. Ceux dont le sang et la force coulent dans les veines de chaque membre du village des Trois Chants.
S'ils avaient pour tous l'apparence de pierres, Cuachana les voyait tout autrement. Il pouvait admirer leur grandeur et leur prestance, il était celui qui leur parlait et bénéficiait de leur sagesse.
- Un cavalier arrive, lui dirent ils ce jour là. Un cavalier dont l'apparence ne reflète pas l'âme. Il sera accueillit comme tout voyageur avec la nourriture et la chaleur, mais il ne devra pas venir jusqu'à nous. S'il le faisait, alors d'autres viendraient, si nombreux que nos guerriers ne pourraient les arrêter. Il est celui qui chevauche devant et cherche les cercles sacrés où se trouvent des âmes à tourmenter.
S'il trouve ce qu'il cherche il fera appel à sa troupe de Formoires.
Cuachana restât longtemps à réfléchir. Que pouvait il faire ! il était grand guérisseur et intime des ancêtres mais comment sa magie pourrait elle arrêter une troupe entière de cavaliers déterminés.
Il ne pouvait prévenir son chef, car s'il le faisait, les guerriers s'en iraient au devant des cavaliers et y trouveraient certainement le chemin de l'autre monde en se battant plus courageusement que jamais. Mais après cela, qui protègerait le village ?
Il réunit donc les Sages du village, Amargein le barde du clan Galanas et Coogan le protecteur du clan de la Louve.
La triade débattit longtemps de la marche à suivre :
- Mes chants pourront sans doute le retenir longtemps près du feu, mais ne le détourneront pas de son but ! disait Amargein le Barde.
- Mes pouvoirs pourront soutenir nos guerriers longtemps sur le champ de bataille, mais n'empêcheront pas les cavaliers d'atteindre leur but ! répétait Cuachana le Guérisseur.
- Alors dans ce cas, je suis le seul qui puisse faire quelque chose ! s'empressa d'ajouter Coogan le protecteur.
Même si leurs opinions divergeaient souvent, Cuachana dut se rendre à l'évidence. Seul Coogan avait le pouvoir de protéger les Ancêtres.
- En effet. Dit il simplement.
- Quel étrange ironie du sort, jubila Coogan, moi à qui l'on a toujours refusé de consulter les Ancêtres, je vais devoir les protéger ! Qu'est ce que cela me rapporte ?
- Il ne s'agit pas de toi Coogan, mais du village tout entier ! Oublie un peu ta personne et songe à l'avenir de nos clans. Ton égoïsme nous a suffisamment causé de tort. Pour une fois, comporte toi en membre de ce village ! Amargein avait parlé juste, Cuachana le savait, mais Coogan était il prêt à l'accepter !
Coogan était par trop égoïste pour se soucier de ces paroles, il réfléchissait déjà au moyen d'en tirer un profit personnel.
- Très bien ! dit il alors à Cuachana, dis moi ce que tu veux que je fasse pour tes Ancêtres et je te dirais ce que tu devras faire pour moi.
Cuachana se doutait bien que cela lui coûterait fort cher mais il n'avait guère le choix.
- Je te demande de protéger les Ancêtres de sorte que jamais un cavalier ne puisse souiller leur demeure.
- Cela sera fait. En échange je veux que tu m'accordes d'emmener de ton sanctuaire tout ce que je pourrais porter.
Et Coogan posa son regard envieux sur le chaudron de fer de Cuachana. Ce chaudron qui fut béni tant de fois qu'il portait déjà la marque des dieux. Ce chaudron qui était le symbole du pouvoir des Druides des Trois Chants. Depuis toujours il le convoitait et enfin, il allait pouvoir l'obtenir.
Cuachana, encore une fois, n'était pas dupe. Mais ce chaudron avait pour lui moins de valeur que le village, et le céder contre la survie des siens n'était pas un sacrifice mais un devoir.
- Ainsi sera-t-il fait, conclut il.
Coogan se mit immédiatement à l'oeuvre, il enfourcha son cheval et se dirigea vers l'étroite bande de terre qui le reliait à l'Irlande. Il s'arrêta et commença alors à appeler les forces de la nature.
Un instant il sembla à Cuachana que la terre trembla légèrement. Soudain, Coogan lança son cheval au triple galop et commença de traverser la bande de terre. Au fur et à mesure que le fer de son cheval frappait le sol, celui-ci s'effritait et commençait à s'écrouler. Tant et si bien que lorsqu'il atteint l'autre rive, la demeure des Ancêtres se trouva sur une île.
Cuachana était stupéfait ! Non pas tant par la puissance insoupçonnée de Coogan que par la situation de son sanctuaire.
- Voilà qui est fait ! Lança Coogan en jubilant. Sa voix semblait portée par les vents. Ton sanctuaire est sauf ! Aucun cavalier ne pourra plus jamais l'atteindre ! Et je vais venir prendre mon dû ! Dans le ton de sa voix se lisait l'orgueil déplacé de celui qui triomphe par la fourberie.
Encore faudra t'il que tu puisses revenir jusqu'ici, pensa Cuachana, mais en attendant je vais m'assurer que ton dû sera à la hauteur de tes espoirs ! Ajouta t'il pour lui-même.
Il s'en retourna et alla s'installer au milieu de ses Ancêtres.
Il restât longuement à se concentrer.
Durant ce temps, Coogan avait affrété une barque et s'apprêtait à rejoindre l'île pour prendre sa récompense.
Alors Cuachana enfonça ses doigts dans la pierre de l'île et usa de toute sa colère ! Cette colère se transmit à l'île et éclata soudainement ! Dans un grondement intense, une puissante vague vint repousser la barque de Coogan qui se fracassa sur les récifs alors que lui-même était renvoyé sur la terre ferme !
Le tonnerre et la foudre s'abattirent de toutes parts, les vents sifflants commencèrent à balayer la surface de l'île.
Puis, dans un craquement sinistre, la terre s'ouvrit sous le chaudron pour vomir un jet de lave incandescente qui recouvrit le chaudron à jamais. Désormais, celui-ci était lié à l'île et nul n'aurait pu le soulever sans soulever l'île avec !
La colère de Cuachana avait tant impressionné Coogan qu'il enfourcha son cheval pour s'enfuir le plus loin possible. Son clan fut par la suite banni du village des Trois Chants pour payer les méfaits de Coogan.
Aujourd'hui encore la colère de Cuachana protège notre île sacrée.
- Où est donc le cavalier qui devait venir ? Demanda Amargein incrédule.
- N'as-tu donc pas compris ? Le cavalier dont l'apparence ne reflète pas l'âme ! C'était lui Amargein notre Barde, c'était Coogan ! Heureusement, il n'a pas eut ce qu'il cherchait, le village est sauf.
- Je te demande de me pardonner d'avoir prêché la prudence là où la colère et la force s'imposaient, dit tristement Amargein.
Ne t'excuse pas. La faute vient de mon manque de confiance en la puissance des Dieux. Désormais, plus jamais je ne douterai !
Telle est la leçon qu'il faut retenir de cette histoire mes amis, ne doutez jamais de vos forces. Si elles servent les vôtres, alors les dieux vous porteront.
Je remercie Cuachanna le Sage, du clan Rhiannon, qui figea le chant du savoir.
Auteur : Yannick