L'histoire que je vais vous conter est celle d'un héros qui, du Tertre des Braves, veille sur le village des Trois Chants. Pourtant, il ne remporta aucune bataille, ne terrassa aucun Dragon et n'accomplit d'autre exploit que celui d'aimer son métier.
Marech était un simple artisan du village des Trois Chants. Polissant le bronze, il vouait une passion sans limite pour ses miroirs qu’il travaillait avec amour. Ceux-ci étaient particulièrement appréciés car il passait tant de temps à soigneusement les polir qu'ils avaient la réputation de montrer le vrai visage des gens.
Ambix notre chef, devait se rendre chez le Roi Iverni, afin de lui remettre sa part des butins accumulés par le village lors des derniers mois. Il demanda à Marech de l'accompagner avec quelques unes de ses pièces pour les lui présenter. La qualité de son travail plairait certainement au Roi et permettrait peut-être d'ouvrir de nouvelles voies commerciales.
Rassemblant ces plus belles oeuvres, Marech se prépara à son premier voyage aussi loin de son village. Au terme d'une longue route, la délégation d’Ambix atteignit Ivernis et voulût se présenter au Roi, mais ils furent arrêtés par l'un de ses portiers.
« Vous ne pouvez rencontrer le Roi » leur dit il. « Un grand malheur nous frappe et un autre, plus grand encore est à venir. »
« Expliques toi, par les Dieux ! » lui intima Ambix en pesant sur son épaule de son puissant bras.
Le portier leva la tête pour regarder Ambix dans les yeux.
« Notre roi est devenu fou! » lança t'il et la tristesse envahit son visage. Dans une soudaine colère Ambix le gifla violemment. « Qu'oses tu dire ? Tu insultes notre Roi devant moi !! Je devrais trancher ta tête et la lui porter sur le champ ! »
« Calme ta colère, Ambix notre chef » dit alors le Druide du village des Trois Chants qui l'accompagnait. « Cet homme est un proche du Roi et sans doute sait il mieux que nous ce qu’il se passe. Laisse le parler. »
Puis il tendit la main au portier. Ce dernier se releva péniblement, le coup qu'il venait de recevoir aurait assommé nombre de guerriers.
« Ta fidélité en ton Roi est grande, mais comme je te l'ai dit, il est devenu fou. Les Coriandis sont en route, une armée immense s'apprête à fondre sur Ivernis et tous nos guerriers sont éparpillés à travers l'Erin. »
« Mais… Cela ne se peut ! » s'étonna Ambix. « Comment avez vous pu vous laisser surprendre ? Il faut les rappeler !! »
« Cela fait trois jours que nous essayons de convaincre le Roi. » répondit le portier, « Mais rien n'y fait, il est aveuglé par la tragédie de sa fille. Il y a deux lunes, son visage fut gravement brûlé par une torche que lui lança un voyageur avant de disparaître sous nos yeux. Sa tristesse est profonde et cela rend le Roi fou de douleur. Il a envoyé tous ses guerriers à la recherche de cet étranger et refuse de les faire revenir tant qu’ils ne l’auront pas attrapé. S'il se décidait aujourd'hui, peut-être pourrions nous les faire revenir à temps... » Puis, baissant les yeux, résigné, le portier s'apprêta à se retirer.
« Peut être nos dons pourraient lui redonner de l'espoir ? C'est pour cela que nous sommes venus. »
Celui qui venait de parler était Marech. A demi caché par son chef qui le dominait d'au moins trois têtes, il se penchait timidement. Ambix le foudroya du regard et allait commencer de rudes remontrances lorsqu'il fut arrêté par un geste de la main de son Druide.
Se sentant épaulé, Marech reprit la parole.
« Nous avons pour lui de nombreuses prises de guerre, et pour sa fille, nous avons ceci.» Ouvrant alors son manteau, il en sortit un petit paquet enroulé dans une douce étoffe de lin qu'il gardait contre sa poitrine. Il le tendit au portier avec délicatesse.
Sans doute les Dieux observaient ils ces hommes, car, sans mot dire, le portier prit ce que Marech lui tendait et se retira.
Lorsqu'ils furent seuls, Ambix se retourna vers l'artisan et fit tomber sur lui un regard lourd de menaces. Marech serait sans doute mort rien qu'à l'idée de ce que lui réservait son chef mais, sûr de son fait il eut la force de lui tenir tête.
« Avant que tu ne laisses éclater ta colère, Ambix notre chef, laisse moi t'expliquer. Ce miroir que je viens de lui donner, je le polis depuis que mon père commença à m'enseigner cet art. Depuis toujours je le destine à celle que j'aime. Tu la connais Ambix. Gwenyvere est née avec seulement la moitié d'un visage mais son coeur est sans doute ce qu'il y a de plus pur. Je voulais le lui montrer grâce à ce miroir et ainsi gagner son amour. Si les Dieux nous entendent, alors la fille du Roi retrouvera espoir et son père lucidité.»
Marech n'était ni un guerrier, ni un chasseur, ni un Devin et pourtant, les Dieux l'entendirent. Trois jours suffirent au Roi des Ivernis pour rappeler ses troupes et accueillir les Coriandis comme il se doit.
Sa fille ne quitta plus jamais le miroir et son mariage apporta au village, de nouveaux alliés.
Marech n'eut jamais l'amour qu'il recherchait et mourut sans descendance, mais le sacrifice qu'il avait consenti sauva notre terre et lui valut d'être enterré comme un héros.
Je remercie Marech « le polisseur », du clan Laëg, dont le bronze fût réclamé par le Roi Iverni.
Auteur : Yannick