Le Village des Trois Chants
 

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Les Bâtards de Lonn

Le chasseur épuisé apparu avec les premiers rayons du soleil, il avait, toute la nuit durant, suivi la piste d’une grande troupe puis avait étudié leur campement avant de revenir faire son rapport.

« Bevan notre chef, j’ai enfin retrouvé leur camp, je pense que nous avons une grande opportunité. Il est blotti entre une haute colline à l’Est, la rivière au Sud et la forêt au Nord. Seule le passage à l’Ouest est dégagé et si nous attaquons par là ils seront bloqués ! »
« Ce que tu me dis là est étrange… Il m’a habitué à bien mieux que ça, et le fait qu’il se place volontairement en position de faiblesse cache sûrement quelque chose… Combien de temps penses tu qu’ils vont rester là ? »
« Les chariots sont tous démontés et les tentes solidement ancrées, je pense qu’il se sont installés pour attendre le printemps. »
« Et les femmes ? »
« Une très large tente entourée de palissades trône au milieu de leur campement, non loin de la tente de leur chef. Je suppose que c’est là qu’ils les retiennent. »
« Bien, demain tu me conduiras vers ce campement que je puisse l’étudier de près, et puis nous aviserons. »

Bevan, le guerrier né, fils de Keara la sainte du village de Cyannus se retira dans sa propre tente, après avoir congédié ses chefs de guerre. Il était soucieux, tout cela lui paraissait presque trop simple.
Depuis trois lunes qu’ils pourchassaient cette troupe, ils avaient été incapables de la rejoindre et avaient perdu sa trace à de nombreuses reprises, pour finalement la retrouver dans un campement aussi mal caché qu’il était situé…

Lonn, qui se déplace avec la guerre, Bevan le savait maintenant, n’étais pas un imbécile. Il avait tout le respect de ses hommes tant étaient grands ses talents de guerrier et de chef. Celui qui se déplace avec la guerre avait préparé le repos de ses hommes en passant plusieurs lunes à enlever toutes les femmes des villages qu’ils croisaient. Ils avaient pour habitude de s’en servir pour se satisfaire et se reproduire.
La plupart étaient revendues comme esclaves et celles qu’ils parvenaient à féconder les accompagnaient quelques années, le temps d’élever les nouveaux garçons. Enfin, ces femmes et leurs filles étaient également revendues.

Bevan suivait sa piste depuis si longtemps qu’il était passé par de nombreux villages dont les femmes avaient été enlevées et, chaque fois, sa détermination avait grandi. Tant de gens l’avaient supplié de ramener ces femmes, qu’il avait juré devant les Dieux, de le faire.

Le lendemain, au crépuscule, Bevan observait le camp depuis quelques heures.
Son chasseur attendait patiemment. Enfin, le chef du village de Cyannus lui fit signe de rebrousser chemin et ouvrir la piste du retour.
Une fois revenu à son camp il appela tout ses chefs de guerre.
« Dans trois jours nous lancerons une attaque. Notre objectif ne sera pas de les vaincre mais de libérer les femmes »

« Pourquoi cela ? demanda l’un de ses chefs. D’après ce que j’ai entendu, ils sont bloqués de toute part. C’est une opportunité de les vaincre malgré leur grand nombre ! »

« Ce que tu as entendu est faux Macchile, si nous les attaquons par la plaine pour les enfermer, nous courrons à notre perte. Lonn ne s’est pas installé là par hasard. Cette apparente position de faiblesse n’est faite que pour nous pousser à commettre cette erreur.
Au pied de la colline, serpentant le long de la forêt à l’Est, il y a une piste large et facilement praticable, qui permettrait à une troupe rapide de contourner par le Nord et arriver derrière une autre troupe venant de l’Ouest.
Au Sud, la rivière n’a pas de profondeur et peut être franchie facilement à pied pour les besoins d’une retraite.
Dans le cas où nous voudrions profiter de la hauteur de la colline pour attaquer, cela ne servirait à rien car ils se sont servis des chariots comme boucliers pour protéger le camp de toute attaque de flèches ou de frondes.
Et pourtant, ils ne sont que peu nombreux. La plupart des tentes sont vides et il y a peu de gardes. Il semblerait qu’une grande partie de sa troupe soit absente. Je ne sais pas pourquoi. Ils cherchent simplement à faire croire à la présence de tout le monde juste pour décourager quelqu’un qui serait assez fou pour échafauder un plan contre eux. »

« Je ne comprend plus Bevan notre chef, tu veux les attaquer malgré tout en sachant que nous allons perdre !! Pourquoi cela ? »

« Tu ne m’a pas écouté Macchile. J’ai dit que nous allions libérer les femmes. Vous ferez semblant d’attaquer pour les occuper pendant qu’avec quelques hommes, j’irai libérer les femmes.
C’est simple : Vous attaquerez par la plaine comme cela semble le plus logique. Votre objectif sera de rejoindre la piste au Nord Est. En faisant cela, vous vous retrouverez derrière les hommes qui chercheront, à coup sur, à vous contourner. Il sera facile de passer car il y aura peu d’hommes. Ceci fait vous vous dirigerez vers l’Est pour vous écarter de la bataille.
Lorsqu’ils reviendront par l’Ouest, nous aurons tous disparus avec les femmes. »

« Mais où est la gloire dans cette bataille ? N’allons donc pas nous battre et les vaincre ? Je ne comprends pas !! »

« Macchile… dis calmement Bevan. Si tu n’es pas assez intelligent pour comprendre contente toi d’obéir, et si tu ne souhaites pas obéir il faudra que tu me tues avant que je ne te tues… Qu’en penses tu ? »

Reculant de trois pas, le chef de guerre baissa les yeux.
« Je ferai comme tu demande Bevan notre chef. »


Trois jours plus tard, La troupe de Bevan lançait son attaque. Ils rencontrèrent effectivement peu de résistance et atteignirent rapidement la piste de l’Est alors que la plupart des guerriers de Lonn étaient partis pour contourner les assaillants.
Entre-temps, un petit groupe, dirigé par le chasseur qui connaissait le camp, s’occupât de libérer les nombreuses femmes emprisonnées dans l’enclos central du camp.
Bevan, quant à lui, n’avait pas pu s’empêcher d’aller vérifier si Lonn était présent. Il s’approchât silencieusement de la tente et y entra discrètement. Il avait vu une ombre circuler autour du petit feu et entendu des murmures. C’était une femme.
Bien que beaucoup plus âgée que Bevan, elle était fort belle et le guerrier n’y fut pas insensible. Elle n’était pas entravée. Bevan, méfiant, tenta de s’approcher doucement.
La femme se mit alors à chantonner et Bevan se figea dans ses mouvements, les yeux écarquillés et la bouche bée…

« Je connais cette voix !!» ne put il s’empêcher de murmurer et la femme sursautât en entendant ses paroles.

« Qui es tu jeune guerrier ? Et que viens tu faire dans la tente de Lonn qui se déplace avec la guerre ? S’il te trouve ici il te tuera !! »

Reprenant ses esprits Bevan s’adressât à la femme.
« Je suis Bevan le guerrier né, chef du village de Cyannus, et mon plus cher désir et de rencontrer Lonn !! Où est il ? Et toi, qui est tu ? Je connais ta voix et pourtant je ne l’ai jamais entendue avant ce soir !! »

« Tu es un bien jeune chef, Bevan. Lonn n’est pas ici, il est parti pour une grande bataille loin vers le nord. Mon nom est Curcog et je suis la favorite de Lonn. Cette voix ne m’appartient pas, Lonn m’en a fait don car je suis née muette… »

Bevan sentit ses jambes faiblir et commença à respirer difficilement.

« … Cette voix était enfermée dans un poignard qu’il porte à son côté » ajouta t elle.

Bevan tomba à genoux et ses yeux se remplirent de larmes.

« C’est la voix de ma mère… je l’ai entendue lorsqu’elle m’appela à naître de toute sa volonté…» dit il entre deux sanglots. Puis se redressant soudain il empoigna la femme par le bras.
« Tu viens avec moi !! Tu va rendre à ma mère ce qui lui appartient !! » Et il l’emmena sans ménagements.

Lorsque les hommes de Lonn revinrent dans leur camp, pensant y trouver leurs ennemis pour les surprendre, celui-ci était vide. Les quelques gardes avaient été faits prisonniers et avaient été emportées avec toutes les femmes. Ils prièrent alors les Dieux de ne jamais revoir leur chef…

Bevan ramena toutes les femmes dans leurs villages respectifs et offrit à celles qui n’avaient nulle part où aller de rejoindre le village de Cyannus. Quant à Curcog, il l’emmena comme une esclave.

Comme à l’accoutumée, il fut accueillis en héros. La troupe ramenait peu de richesses, mais certains de leurs exploits étaient déjà racontés à travers l’Erin.
Bevan remit Curcog à sa mère comme esclave, puis il fit sacrifier les prisonniers aux Dieux et demanda au devin du village de lui dire où se trouvait Lonn. Trois jours plus tard, il était déjà sur le pied de guerre…
Comme a l’accoutumée, le village le regarda partir avec l’assurance qu’il reviendrait couvert de gloire. Et Keara le regarda, attristée par cette obsession qui n’avait jamais abandonné son fils… Lonn. Puis elle dévisagea sa nouvelle esclave, la releva et l’installa confortablement. Puis elle posa une main sur son ventre. Elle avait vu, comme les femmes savent le faire, qu’elle était enceinte. Curcog voulu parler mais Keara l’en empêcha d’un geste et lui fit comprendre qu’entre elles, il n’y aurait jamais de paroles…

7 hivers plus tard, Bevan revenait enfin.
« Qui es tu homme à la longue barbe ? Et que viens tu faire au village de Cyannus ? J’en suis un des guerriers et je suis prêt à te tuer si tu viens nous faire du mal !!! »

Bevan regarda l’enfant qui devait avoir à peine 7 printemps.
« Je suis Bevan le guerrier né et j’appartiens à ce village. Me diras tu ton nom jeune et courageux guerrier ? »
« Bevan dis tu ?? Oui je te connais !! Je suis ton frère et notre mère m’a tout raconté de toi !! »
« Il ne faut pas mentir mon jeune ami. N’oublie jamais que les Dieux te regardent, car tu ne peux pas plus être mon frère que ma mère a pu te raconter quoi que ce soit. »
« Je ne suis pas un menteur !!! Excuse toi ou je te défie en duel !!! Ma vraie mère est morte en me donnant naissance, elle a enduré mille souffrances sans pouvoir les exprimer !! Lorsque je suis arrivé, Keara est apparue et m’a donné mon nom :
Tu es le bâtard de Lonn, tu t’appelleras Tuihlonn, comme tous ses fils et les fils de ses fils et tous leurs enfants, pour que jamais l’on n’oublie leurs origines. Aujourd’hui je te prends à Lonn comme il m’a pris mon fils. Aujourd’hui j’ai retrouvé un enfant et une voix. Lonn qui se déplace avec la guerre aura sûrement sa place dans l’autre monde.

Je suis Tuihlonn né de la souffrance, le premier Bâtard de Lonn et je te somme de t’excuser !!! »

Bevan regarda de nouveau l’enfant et reconnu les yeux de celui à qui il avait fait face durant les 7 derniers hivers. Le fils de son ennemi était devenu son frère.

Auteur : Yannick

 

 

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