Le Village des Trois Chants
 

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Cromh le gardien du troupeau

Un nouvel hiver approchait, encore une fois il s’annonçait rude. Depuis plusieurs lunes, les villageois oeuvraient pour s’y préparer, mais les réserves de nourriture semblaient bien insuffisantes.

Cromh avait un autre souci. L’hiver précédent et celui d’avant, ses troupeaux avaient été ravagés par quelque chose que personne n’avait jamais vu ou même entendu. L’approche de ce nouvel hiver signifiait, pour lui, que les massacres allaient recommencer.
Il alla donc voir l’assemblée de ses Druides pour leur exposer le problème. Cuachana qui parle aux ancêtres, le barde Amargein du clan Galanas et Coogan le protecteur du clan de la louve siégeaient devant l’allée des Anciens, sur ce qui deviendrait plus tard l’île aux ancêtres mais qui n’était alors que la côte qui bordait la mer.
« Vous devez demander aux dieux de m’aider » leur dit-il, « L’avenir du village en dépend ! Notre chef refuse de m’apporter le soutien des chasseurs car ils sont tous sur les pistes pour remplir nos réserves. Mais si nous n’avons pas de lait cet hiver, qui nourrira nos enfants ? Il y a deux hivers, ce n’étaient que trois bêtes qui furent dévorées, puis, l’hiver dernier, ce furent trois fois trois bêtes ! Heureusement l’hiver fut clément. Mais demain, combien vais-je perdre de bêtes ? »
Amargein le barde ne répondit rien, car il ne pouvait aider Cromh. D’autant qu’il savait déjà qu’il devrait se débrouiller seul. Ainsi les dieux en avaient ils décidé.
Cuachana était soucieux et comprenait les arguments du gardien de troupeaux mais aucune solution ne lui venait.
« Notre chef est sage et sa décision est juste. J’en suis désolé, berger. »
Quant à Coogan, il se désintéressait du problème de l’éleveur et était occupé à épousseter ses vêtements.
Cromh, désespéré, avait tourné les talons et s’apprêtait à sortir lorsque Amargein le rappela.
« Attends ! » Le regard d’Amargein était étrangement lumineux et Cuachana, qui le connaissait particulièrement, savait que cela cachait quelque plan tortueux.
Le Barde se tourna alors vers le Druide du clan de la Louve : « Coogan ! Tu n’as pas parlé, toi qui est notre protecteur tu devrais pouvoir aider notre berger. »
Sortant de ses pensées, Coogan releva légèrement la tête et lança un regard sombre à Amargein. Ce dernier, ne lui laissant pas le temps de parler, ajouta :
« A moins, bien sur, que tes pouvoirs ne soient pas ceux que tu prétends »
« Mes pouvoirs sont bien plus grands que tu ne l’imagines Amargein ! Et si je peux aider cet homme, qu’a-t-il à m’offrir en échange ? »
Cromh, voyant enfin un espoir s’empressa de revenir prêt des Druides.
« J’offrirais ce qu’il faut pour contenter les dieux ! Que souhaitent ils Coogan le Protecteur ? »
Le Druide se frotta longuement le menton puis s’adressa enfin au berger.
« Ils veulent ton bélier le plus robuste, celle de tes brebis qui donne le plus de lait et ton agneau le plus tendre. En échange de quoi je te donnerais un protecteur. »
Cromh accepta immédiatement. Avec un tel sacrifice, il ne pourrait plus rien arriver à son troupeau. Le lendemain, il amena à Coogan les offrandes promises. Celui-ci se frotta les mains et s’empressa de faire entrer les bêtes dans sa demeure. Puis se retournant vers Cromh, il lui dit :
« Demain à l’aube, je t’apporterai le gardien que je t’ai promis. Va maintenant. »
Le lendemain, Cromh fut éveillé bien avant l’aube et attendit patiemment la venue de Coogan. Celui-ci arriva aux premiers rayons du soleil. Il était accompagné par un vieux chien mal nourri et galeux. Le chien avançait la queue basse et les oreilles aplaties aux côtés de son maître. Puis, le présentant à Cromh, Coogan lança :
« Voilà ton gardien, Berger, il m’a toujours été utile pour chasser les rats de ma demeure. Je suis sur qu’il aura protéger ton troupeau. »
Enfin il se retira fièrement, laissant là le vieux chien.
Cromh pris la pauvre bête en pitié et, malgré sa rage envers Coogan, se dit que c’était mieux que rien. Il avança vers le chien et le flatta doucement.
« Tu es désormais mon compagnon vieux chien, et nous devrons traverser cet hiver ensemble. Coogan est fourbe mais il ne comprend quelle alliée peut être une bête aussi noble que toi. »
A ces mots, le regard du chien sembla s’éclairer, ses oreilles et sa queue se redressèrent et il lécha la main de son nouveau maître. Cromh qui comprenait et se faisait comprendre des bêtes, parla longuement avec son nouveau compagnon et très vite ils devinrent inséparables. Le vieux chien commençait à reprendre des forces et devint rapidement un efficace gardien de troupeau.
Mais Cromh regardait l’hiver approcher avec de plus en plus d’inquiétude. Son compagnon lui était certes désormais fidèle mais cela suffirait il à trouver et éliminer la bête qui ne manquerait pas d’arriver bientôt. Il en discuta longuement avec le vieux chien et tous deux décidèrent de ne pas attendre, il fallait agir et trouver cette bête avant que l’hiver ne soit là.
Tout d’abord, ils allèrent vers le Nord. S’enfonçant profondément dans la forêt. Cromh souhaitait rencontrer le chef d’une puissante meute qu’il connaissait pour sévir non loin du village de Cyannus (ancien nom du village des Trois Chants). Lorsqu’il rencontra enfin le grand loup il le salua et lui annonça.
« Mon nom est Cromh le gardien du troupeau et je viens du village de Cyannus. Le vieux chien qui m’accompagne n’a pas encore de nom mais il est mon protecteur. Je te salue, Garan chef des loups du nord et je viens pour te parler. »
Le loup regarda intensément Cromh et son compagnon, puis, ouvrant sa gueule menaçante il s’adressa au villageois.
« Toi qui parle aux loups, dit moi vite ce que tu veux. Je retiendrais mes chasseurs pour le moment car tu as fait une longue route pour me rencontrer et cela mérite le respect. »
« Garan » commença Cromh, « L’hiver approche et je sais que tes chasseurs et toi allez bientôt partir chercher de la nourriture. Je viens te demander de ne pas attaquer mes bêtes. Les deux derniers hivers, ces attaques auraient pu causer de grand tort à mon clan et cet hiver qui s’annonce sera trop dur pour que nous puissions survivre si ta meute s’en prend à mes troupeaux. »
Le loup s’approcha de Cromh si près qu’il pouvait à présent sentir son haleine chaude.
« Saches que mon territoire de chasse ne va pas jusque là, courageux humain, si tes bêtes ont été attaquées, ce n’était pas par ma meute. Tu peux donc partir tranquille, mais pars vite car mes chasseurs s’impatientent… »
Saluant le puissant loup, Cromh et son compagnon firent rapidement demi-tour puis se dirigèrent vers l’Est. Là bas, Cromh savait qu’il trouverait une autre créature à l’appétit féroce que l’on nommait Arhgrengal l’ogre guerrier. Après une longue marche, les deux compagnons se présentèrent devant son antre et Cromh appela.
« Mon nom est Cromh le gardien du troupeau et je viens du village de Cyannus. Le vieux chien qui m’accompagne n’a pas encore de nom mais il est mon protecteur. Je te salue, Arhgrengal l’ogre guerrier et je viens pour te parler. »
Alors, venant du fond de la caverne, une puissante voix se fit entendre.
« Entre donc, chétif mortel, tu dois être fou ou stupide pour être venu jusqu’ici mais il me plairais de t’entendre car je m’ennuie. »
Cromh entra donc suivi du vieux chien et tous deux se présentèrent à l’ogre. Ce dernier était assis dans un large fauteuil de roc, il était immense et son ventre particulièrement gras couvrait ses genoux. Son visage hideux laissait paraître de grands crocs luisants de bave.
« Arhgrengal » commença Cromh, « Un rude hiver est sur le point d’arriver et je sais que ton appétit est grand. Je viens te demander de ne pas attaquer mes bêtes car cela mettrait en péril la survie de mon village ! »
L’ogre se pencha lentement en avant.
« Saches que je n’ai jamais attaqué tes bêtes, humain, car en hiver je ne chasse pas. Une malédiction m’interdit de faire du feu en hiver et je ne mange pas de viande crue. » Puis il se rassit en ajoutant,
« Et puis j’ai déjà fait mes réserves. Cet hiver sera long et froid pour moi comme pour les tiens et je ne mettrai pas le nez dehors. Les dieux sont avec toi, ridicule créature, je n’ai plus faim et ne te tuerai donc pas. Va t’en avant que je ne trouve de la place dans mon ventre. »
Saluant l’ogre, Cromh et son compagnon se retirèrent rapidement puis allèrent vers le Sud. Finalement, ils arrivèrent au bord de l’océan et durent s’arrêter. Cromh regarda l’horizon, celui-ci était noir de nuages.
« L’hiver est là mon compagnon » dit il en s’adressant au vieux chien. « L’hiver est là et je ne sais toujours pas qu’elle est la bête qui va tuer notre troupeau. Je devine un avenir funeste pour notre village. » conclut il tristement.
Puis son regard s’attarda sur une petite île lointaine dont la silhouette se détachait sur l’horizon noir. Lorsque les nuages arrivèrent au dessus de l’île, il sursauta de surprise. Un éclair blanc était partit de l’île et s’était élevé jusqu’à l’épaisse couche de nuages. Puis, venant avec l’hiver, l’éclair se rapprocha de lui.
Il le vit passer rapidement au dessus de lui au même moment où il sentit le froid glacial le frapper. Un vent puissant et gelé commençait à balayer les terres. Le vieux chien s’était réfugié, grelottant, derrière son maître.
Cromh continua de suivre la lueur blanche du regard jusqu’à la voir redescendre vers la terre. Il écarquilla soudain les yeux :
« Mais ? C’est descendu sur mes troupeaux !! » s’exclama t’il, et il se précipita immédiatement vers le village, suivi de son compagnon. Lorsque enfin il arriva, il était trop tard. Trois de ses bêtes avaient été dévorées et la lueur était repartie.
Il se rendit donc au village et demanda à voir le chef.
« Je l’ai vu ! J’ai vu ce qui tue mes bêtes ! C’est une lueur venant des nuages qui s’est abattue et a tué trois de mes plus beaux moutons. »
Secouant la tête, le chef répondit : « Sûrement quelques loups de passage, il sont probablement descendus du nord … »
« Non ! » l’interrompit Cromh, « je suis allé les voir et leur chef m’a assuré qu’ils ne chasseraient pas sur nos terres. »
Etonné, le chef enchaîna : « Probablement une créature sortie de la forêt ! Il y a un ogre… »
« Non ! » l’interrompit de nouveau Cromh « Je suis allé le voir également et il m’a assuré qu’il ne mangeait pas en hiver ! »
Outré, le chef se dressa en hurlant : « Par la verge de Dagda ! Es tu fou Cromh ou peut être stupide ? Jamais personne ne m’a parlé de la sorte ! Et j’ai d’autres chats à fouetter ! L’hiver est là plus tôt que prévu. Nos réserves sont à demi vides et tous nos chasseurs risquent de se retrouver bloqués par les vents glacials !! Ce ne sont pas quelques unes de tes bêtes qui nous manqueront mais peut être toutes nos chasses ! Alors il suffit maintenant, retourne à tes moutons et oublie cette histoire de fou !! »
Pendant que le chef parlait, son champion s’était levé et attendait, souriant, que Cromh fasse la moindre remarque.
Il n’en fit pourtant rien. Résigné, il fit demi-tour et s’en alla avec son compagnon. Sortant du village, il croisa le barde Amargein qui remontait de la plage.
Amargein lui sourit et lui dit :
« C’est étrange, j’ai aperçu comme un éclair blanc monter vers le ciel tout à l’heure. Cela me rappelle l’histoire d’un Grand Aigle chasseur dont le destin l’obligea à ne pouvoir sortir qu’en hiver. Je n’ai pas le temps de te raconter cette histoire maintenant, mais elle dit que cette créature est dangereuse et cruelle. Certains la comparaient même à un Dragon. Hum… Comment s’appelait il déjà ? » Amargein fronça les sourcils un instant « Ah oui !! Ailen Beli, mais ce ne sont là que de vieilles histoires… Bonne nuit Cromh, bonne nuit vieux chien. » Et Amargein continua sa route sans se retourner.
« Viens vieux chien ! » dit alors Cromh, « Allons veiller sur le troupeau. »
Les compagnons s’installèrent sur une petite colline et attendirent patiemment. Après quelques heures passées à scruter le ciel, le vieux chien aboya sèchement. La lueur s’était de nouveau levée et approchait avec le vent.
Cromh la suivit du regard et s’avança au milieu du troupeau. Il vit alors la lueur fondre sur un agneau isolé. Il se précipita et, au dernier moment, se saisit de la bête et l’arracha à une mort certaine. Puis il releva les yeux, serrant contre lui l’animal apeuré.
Un grand aigle argenté remontait doucement vers le ciel et se mit à planer au dessus du troupeau. Son bec était particulièrement recourbé et aiguisé et ses serres immenses pouvaient chacune emporter un homme.
Cromh s’adressa à lui.
« Tu es Ailen Beli et je te demande d’arrêter de chasser mes bêtes !
Tu es Ailen Beli et moi, Cromh, serai toujours ici pour les protéger !
Tu es Ailen Beli et je te chasse ou tu devras périr ! »
L’aigle se posa alors.
« Par trois fois tu as prononcé mon nom et je t’ai entendu. Par quel prodige peux tu parler aux bêtes et par quel prodige ma magie ne t’empêche t’elle pas de me voir ! »
Puis déployant ses immenses ailes il ajouta « Si tu veux m’empêcher de me nourrir, il faudra effectivement me tuer. » A ces mots, et d’un puissant coup d’ailes, l’aigle se précipita sur Cromh et tenta de le saisir. Ce dernier plongea sans réfléchir et parvint à éviter les serres du grand oiseau qui tentait de le saisir mais il reçut de profondes entailles au bras. Roulant sur le côté, il se saisit d’une corde qu’il utilisait parfois pour attraper ses bêtes affolées et d’un geste précis la lança autour du cou de son adversaire. L’aigle était puissant et commença à soulever Cromh du sol. Celui-ci s’agrippa alors à un rocher et put ainsi retenir la créature qui, finalement, se laissa retomber sur le Berger. Plaqué au sol par les dangereuses serres, il vit l’énorme bec se lever prêt à l’achever.
A cet instant, le vieux chien se jeta sur le monstre et le saisit à la gorge, plantant profondément ses crocs. L’aigle poussa un long cri strident et tenta de se dégager, mais, retenu par la corde il ne put s’envoler et il eut beau se démener, le chien ne lâcha pas prise. Sentant sa vie l’abandonner, l’oiseau se débattit, usant de bec et serres, marquant Cromh et son gardien de nombreuses blessures, mais après de longues minutes de lutte, le grand aigle blanc tomba mort.
Aidé du vieux chien, Cromh ramena la dépouille du monstre à son chef.

Devant l’assemblée du village réunie, Amargein s’adressa à Coogan
« Les dieux n’ont pas trouvés tes offrandes suffisantes, et les chasses ont été mauvaises. »

Puis se tournant vers le Berger et son chien, il ajouta :
« Le village de Cyannus salue Cromh le gardien du troupeau et le vieux chien qui l’accompagne et qui aujourd’hui a un nom : Conall Mac Cuchulain. Ils ont vaincu sans arme, la bête qui aurait détruit nos troupeaux. Cet hiver, c’est grâce à eux que nous mangerons. »


Je remercie Conall Mac Cuchulain, celui qui accompagne Cromh le gardien du troupeau.

Je remercie Cromh le gardien du troupeau, du clan Gix, qui parvint à vaincre la bête sans aucune arme.

Auteur : Yannick

 

 

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