Le Village des Trois Chants
 

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Lame-Lune

Il leva une main vers le ciel et dans la langue des druides, en appela aux forces de la nature.
Son adversaire, engoncé dans sa lourde armure d’acier noir, approchait à grands pas. L’épée levée, il s’apprêtait à porter un coup fatal lorsque quelque chose vint le frapper au visage. Surpris il tituba et ne retrouva son équilibre que de justesse, juste à temps pour voir les trois grands corbeaux se jeter sur lui toutes serres dehors. En quelques instants, il lui avaient labouré le visage et arraché les deux yeux. Ses hurlements de douleurs se répercutèrent sur les flancs de la profonde vallée, faisant fuir tous les êtres vivants qui s’y trouvaient.

Le druide se pencha sur son adversaire vaincu.
« Si je ne te tue pas, c’est que tu ne le mérites pas, Faodeïn le sombre. Lug m’accorde des pouvoirs que tu ne peux imaginer. La prochaine fois, je te donnerais la mort. »
Puis, déployant son manteau, le druide se changea en corbeau et rejoignit ses trois compagnons.

Faodeïn était ivre de douleur et de colère. Il se rendit chez son oncle Balor.
« Vois mon oncle ! Vois ce que ce porc de druide a fait de moi !! Laisseras tu les tiens ainsi bafoués ou m’aideras tu à me venger ? »
Balor ricana sournoisement avant de répondre.
« Peut être devrais je te tuer pour avoir été aussi faible, mais je souhaite sa mort plus que la tienne. Je vais donc t’aider. Tu vas prendre cette épée. Sa lame est du plus pur acier et mes orfèvres l’ont gravée des runes les plus puissantes. Elle te donnera le pouvoir de voir sous la lune et de contrôler ses fils. »

Faodeïn s’empressa d’empoigner cette lame que lui tendaient les esclaves et il se remit immédiatement en chasse. Après plusieurs mois, il retrouva son ennemi.
Sous la pleine lune, il le provoqua :
« Fils de porc ! Viens vers moi et viens me payer de ton sang ! »
Le vieux druide appuyé sur un bâton noueux répondit :
« Faodeïn, mon pauvre ennemi ! Qu’espères tu faire sans tes yeux. Que tu m’ais retrouvé est déjà un exploit que je te reconnais, mais tu ferais mieux de faire demi-tour car comme je te l’ai dit, cette fois c’est ta vie que je prendrais. »
Alors qu’il finissait ces mots, trois grands corbeaux apparurent devant la lune.
Le formoiré éclata de rire en dégainant son épée. Elle brillait comme si la lumière lunaire se reflétait dans ses gravures.
« Je ne suis pas si aveugle que tu le crois vieux corbeau, pas plus que mes compagnons »
A ces mots, neuf énormes loups noirs aux orbites vides sortirent de la forêt. Ils étaient terrifiants et leur bave était déjà rouge du sang de leur future victime.
« Ce soir est un grand soir » ajouta le guerrier. « Le soleil des loups est avec nous mes compagnons. Allons nous repaître de son cœur. »
Et brandissant son épée, il donna aux loups l’ordre d’attaquer.
Le druide n’avait que quelques secondes pour réfléchir, cette fois le danger était réel. Ses compagnons tentèrent d’attaquer les loups, mais leurs peaux épaisses et leurs orbites vides les rendaient insensibles aux serres des corbeaux. Ils ne purent que les ralentir un peu et l’un d’entre eux fut happé par une puissante mâchoire.
Ils gagnèrent suffisamment de temps pour que le druide chante une courte prière. A la fin de celle-ci, les deux corbeaux qui restaient prirent leur envol et le vieil homme empoigna fermement son bâton de ses deux mains. Aidé par les plantes qui l’entouraient, il se battit avec force et courage.
Mais neuf loups contre un seul homme, il n’avait aucune chance. Plus le combat avançait et plus il était épuisé, son manteau déchiré, du sang coulant de ses multiples plaies.
« Assez ! » hurla alors son ennemi. « Je vais l’achever moi-même. »
Faodeïn s’approcha victorieux du vieux druide qui tenait à peine debout et leva haut son épée.
A cet instant, le ciel s’emplit du croassement de milliers de corbeaux, ce vacarme assourdissant fit reculer le formoiré de surprise. L’immense nuage formé par les oiseaux s’éleva, jusqu'à masquer la lumière de la lune.
L’épée s’éteignit. Faodeïn devint pâle et se figea comme pétrifié de terreur. Il allait ouvrir la bouche quand les neufs loups lui bondirent dessus et déchirèrent ses chaires.
Son agonie fut de courte durée et les loups disparurent dans les bois sombres.
Le vieux druide se traîna jusqu’au corps en lambeaux de son ennemi et ramassa l’épée qui avait faillit causer sa perte. Avec, il trancha la tête du formoiré. Il confia ensuite l’épée à l’un de ses deux compagnons et la tête au second.
« Allez mes amis, allez perdre ces choses là où seuls les vôtres pourriez les retrouver. Seul celui qui possèdera la tête du formoiré pourra voir la lumière de la lune sur l’épée. Prions pour que jamais Balor ne la retrouve. »



Auteur : Yannick

 

 

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